Observatoire — données sourcées

Blattes et cafards en France : chiffres clés et tendances

Que sait-on vraiment des blattes en France ? La biologie de l'espèce, ce que la recherche a mesuré de sa résistance aux insecticides, ce que le droit impose — et ce que personne ne compte.

Sur les blattes, la France ne compte pas. Il n'existe ni recensement, ni déclaration des infestations, ni taux par ville ou par département — et les pourcentages qui circulent ne remontent à aucune publication. Cette page rassemble ce qui est réellement établi : la biologie de l'espèce, ce que la recherche a mesuré sur sa résistance aux insecticides, et ce que le droit impose en logement comme en cuisine professionnelle. Chaque repère porte sa source. Ce que personne ne sait est écrit aussi.

Les chiffres à retenir

œufs par oothèque chez la blatte germanique
30 à 40œufs par oothèque chez la blatte germaniqueLa femelle porte la capsule jusqu'à l'éclosion : elle n'est pas exposée aux produits déposés sur les surfaces.Source : University of Florida / IFAS Extension — « German Cockroach, Blattella germanica », EENY-002 (S. Valles, révision août 2025)
durée du cycle complet, de l'œuf à l'adulte, à température ambiante
≈ 100 joursdurée du cycle complet, de l'œuf à l'adulte, à température ambianteLe développement des nymphes en occupe environ 60 jours. C'est ce calendrier, et non le produit employé, qui commande la date du second passage.Source : University of Florida / IFAS Extension — « German Cockroach, Blattella germanica », EENY-002 (S. Valles, révision août 2025)
survie des souches de terrain exposées à la lambda-cyhalothrine
> 94 %survie des souches de terrain exposées à la lambda-cyhalothrineÉtude conduite en 2016 sur deux sites d'habitat collectif aux États-Unis. Aucune mesure équivalente n'est publiée sur les populations françaises.Source : Fardisi, Gondhalekar, Ashbrook & Scharf — « Rapid evolutionary responses to insecticide resistance management interventions by the German cockroach », Scientific Reports, 2019
l'absence d'infestation de nuisibles entre dans la définition du logement décent
2018l'absence d'infestation de nuisibles entre dans la définition du logement décentLoi ELAN, art. 142. C'est le texte qu'un locataire cite face à un bailleur inactif.Source : Légifrance — loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (ELAN), art. 142

Ce que la biologie établit, et ce qu'elle impose au traitement

La blatte germanique est l'espèce qui motive la grande majorité des interventions en logement et en cuisine. Sa fiche d'identification donne deux repères qui décident de tout le reste : une oothèque contient 30 à 40 œufs, et le cycle complet, de l'œuf à l'adulte, prend environ 100 jours à température ambiante — dont 60 jours environ pour le seul développement des nymphes.

Le point qui change la conduite d'un traitement n'est pas le nombre d'œufs, c'est où se trouve la capsule. La femelle la porte sur elle jusqu'à l'éclosion. Un produit déposé sur une surface n'atteint donc pas la génération suivante : elle est transportée, à l'abri, par un individu qui se cache. C'est la raison pour laquelle un traitement de blattes se juge sur deux passages et non sur un, et pourquoi la date du second se cale sur l'éclosion plutôt que sur le confort du planning.

La chaleur et l'humidité raccourcissent ces durées : les fiches les donnent à température ambiante, pas pour une cuisine de restaurant ni pour une gaine technique. Nous n'en publions donc pas de version « pour votre logement » — ce serait transformer un repère biologique en promesse de calendrier.

Source : University of Florida / IFAS Extension — « German Cockroach, Blattella germanica », EENY-002 (S. Valles, révision août 2025)

La résistance aux insecticides : ce qui a été mesuré, et où

C'est le sujet sur lequel il existe des données solides — et elles ne sont pas françaises. Une étude de terrain publiée dans Scientific Reports en 2019 a suivi, pendant six mois de 2016, trois stratégies de traitement dans des immeubles d'habitation de deux villes américaines. Les résultats sont plus instructifs qu'un taux de réussite.

  • Une seule matière active. Elle n'a fait reculer les populations que sur le site où la résistance de départ était faible. Là où elle était déjà installée, le même produit n'a rien donné.
  • La rotation des matières actives. Intuitivement la bonne réponse — alterner pour relâcher la pression de sélection. Sur le terrain, elle n'a pas réduit les populations, sur aucun des deux sites.
  • Le mélange en pulvérisation. Le résultat le plus contre-intuitif de l'étude : après quatre mois de traitement, les effectifs avaient augmenté sur les deux sites. Le produit s'est révélé fortement répulsif et a dispersé les insectes vers des logements jusque-là indemnes.
  • La résistance croisée. Des populations exposées à une seule matière active sont devenues plus résistantes à deux autres, auxquelles elles n'avaient pas été exposées. La survie des souches de terrain sous lambda-cyhalothrine dépassait 94 %.

Ce que cette étude établit n'est pas « les insecticides ne marchent pas » : c'est que la stratégie compte plus que la molécule, et qu'une mauvaise stratégie peut aggraver la situation au lieu de la laisser stable. C'est aussi ce qui sépare un traitement professionnel d'un passage au pulvérisateur.

Une seconde étude, publiée dans BMC Public Health en 2019, porte sur le produit grand public le plus vendu contre les blattes : le diffuseur total, ou « bombe ». Quatre produits de ce type ont été testés dans vingt logements réellement infestés pendant un mois, face à un traitement par gel appât conduit dans dix autres. Aucun des quatre n'a réduit les populations relevées au piège, à deux semaines comme à quatre ; le gel, lui, les a fait reculer nettement aux deux relevés. Les mêmes mesures montrent que les dépôts d'insecticide sur les surfaces horizontales de cuisine, relevés quatre à six heures après la diffusion, étaient en moyenne 603 fois supérieurs au niveau initial — la médiane, moins sensible aux valeurs extrêmes, s'établissant à 85 fois. Le résultat pratique tient en une phrase : l'insecte n'est pas atteint là où il se tient, et le produit se dépose là où l'on prépare à manger.

Ce que ces deux études n'établissent pas, et nous ne le laisserons pas croire : l'état de la résistance en France, ni l'efficacité des produits vendus sur le marché français. Deux sites, trente logements, une année, un pays. Les mécanismes de résistance de l'espèce sont documentés partout où elle vit ; leur niveau, lui, est local et n'est pas mesuré ici.

Sources : Fardisi, Gondhalekar, Ashbrook & Scharf — « Rapid evolutionary responses to insecticide resistance management interventions by the German cockroach », Scientific Reports, 2019 · DeVries, Santangelo, Crissman, Mick & Schal — « Exposure risks and ineffectiveness of total release foggers (TRFs) used for cockroach control in residential settings », BMC Public Health, 2019

Le risque sanitaire : un mécanisme documenté, une prévalence inconnue

Les infestations de blattes sont décrites par les programmes de lutte intégrée universitaires comme une source importante d'allergènes, et identifiées comme un facteur de risque de développement de l'asthme chez l'enfant. Les déjections, les mues et les cadavres en sont le vecteur : le risque ne vient pas de l'insecte qu'on voit, mais de ce qu'il laisse dans la poussière.

S'y ajoute la contamination des denrées et des surfaces, qui tient au trajet de l'animal entre poubelles, canalisations et réserves alimentaires. C'est ce qui fait de la blatte un sujet de contrôle sanitaire et pas seulement de confort.

En revanche, nous ne publions aucune part de la population française sensibilisée aux allergènes de blatte, ni aucune fréquence d'infestation des logements : aucune source nationale identifiable ne l'établit. Un chiffre emprunté à une cohorte étrangère et présenté comme français serait exactement le procédé que cette page existe pour refuser.

Sources : UC Statewide IPM Program (University of California) — « Cockroaches », UC ANR Publication 7467 (mise à jour décembre 2019) · University of Florida / IFAS Extension — « German Cockroach, Blattella germanica », EENY-002 (S. Valles, révision août 2025)

Ce que personne ne mesure en France, et les chiffres qui prétendent le contraire

C'est la section que les autres sites n'écrivent pas, et c'est la plus utile. Voici les affirmations chiffrées les plus répandues sur les blattes en France, et ce qu'elles valent.

  • Une part des logements français infestés. Il n'existe aucune enquête publique qui l'établisse. Les proportions citées en ligne ne renvoient à aucun organisme ni à aucune publication identifiable : les sites qui les avancent citent d'autres sites.
  • « Pour un cafard vu, il y en a des dizaines de cachés. » L'idée de fond est exacte — l'espèce est nocturne et grégaire, et voir un individu de jour signale une densité déjà installée. Le rapport chiffré, lui, ne vient d'aucun comptage. Nous décrivons le comportement ; nous ne mettons pas de nombre dessus.
  • Un taux d'infestation par ville ou par département. Il n'en existe pas. Aucune de nos pages locales n'en avance, et si vous en trouvez un ailleurs, demandez-vous d'où il sort.
  • Un délai type d'éradication. Il dépend de l'espèce, de la densité, de l'accès aux caches et de la préparation des lieux. Un délai annoncé sans avoir vu l'endroit est un argument commercial, pas une donnée.
  • Un seuil réglementaire de fermeture. Aucun des textes cités sur cette page ne fixe un nombre d'insectes à partir duquel un établissement est fermé. La présence de nuisibles en zone de manipulation des denrées est un motif de non-conformité ; la suite se décide au vu de l'ensemble du rapport de contrôle, pas d'un décompte.

Nous ne publions donc aucune estimation de prévalence, pour aucune ville. Une page qui afficherait le chiffre exact dirait surtout qu'elle ne s'est pas demandé d'où il venait.

Méthodologie & sources

Cette page ne publie que des données rattachables à une source publique identifiable, citée et cliquable. Chaque chiffre mis en exergue porte sa source ; chaque section qui affirme un chiffre déclare la sienne. Cette exigence est vérifiée automatiquement à chaque modification du site, et non laissée à la vigilance de l'auteur.

Les sources de biologie et d'efficacité des traitements ne sont pas françaises, et la page le dit à chaque fois. La biologie de l'espèce ne change pas de pays ; son niveau de résistance, la composition des produits vendus au grand public et sa fréquence dans le parc de logements, si. Nous citons donc les premières comme des repères d'espèce, et les secondes comme ce qu'elles sont : des mesures faites ailleurs.

Les textes juridiques cités sont ceux du référentiel vérifié de la marque. Aucun texte n'a été emprunté à une autre verticale au motif qu'il « s'appliquerait sans doute aussi ».

Ce que ces chiffres ne disent pas

  • Il n'existe en France ni recensement des populations de blattes, ni déclaration obligatoire des infestations : aucun taux d'infestation national, régional ou départemental ne peut être établi, et nous n'en publions aucun.
  • Les données de résistance proviennent d'une étude de terrain menée sur deux sites d'habitat collectif aux États-Unis. Elles décrivent des souches locales à une date donnée ; elles ne se transposent pas aux populations françaises, dont le niveau de résistance n'est pas publié.
  • L'étude sur les diffuseurs totaux porte sur trente logements et sur quatre produits du marché américain. Elle établit l'inefficacité de ces produits-là sur ces populations-là ; aucune étude équivalente n'est publiée sur les diffuseurs vendus en France, dont les substances actives peuvent différer.
  • Les références entomologiques divergent sur le nombre d'oothèques qu'une femelle produit au cours de sa vie — de quatre à huit selon les unes, jusqu'à vingt selon les autres. Nous ne mettons donc pas ce nombre en exergue, alors qu'il est très souvent cité.
  • Les durées de développement sont données à température ambiante. La chaleur et l'humidité les raccourcissent, et aucune durée propre à un logement, une cuisine ou une gaine technique n'est publiée ici.
  • Le lien entre allergènes de blatte et asthme est documenté comme facteur de risque. Aucune prévalence française de sensibilisation n'est reprise sur cette page, faute de source nationale identifiable.

Sources

23 septembre 2026

Questions fréquentes

Quelle part des logements français est infestée de blattes ?

Personne ne le sait. Il n'existe en France ni recensement des populations de blattes, ni déclaration obligatoire des infestations, ni enquête publique établissant une fréquence dans le parc de logements. Les proportions que l'on rencontre en ligne ne renvoient à aucun organisme ni à aucune publication identifiable. Nous n'en publions donc aucune, pour aucune ville et pour aucun département.

Pourquoi faut-il deux passages pour traiter des blattes ?

Parce que la femelle porte son oothèque sur elle jusqu'à l'éclosion : la capsule, qui contient 30 à 40 œufs, n'est pas exposée aux produits déposés sur les surfaces. La génération suivante éclôt donc après le premier passage. Le cycle complet, de l'œuf à l'adulte, prend environ 100 jours à température ambiante, dont 60 jours pour le seul développement des nymphes — c'est ce calendrier, et non le produit employé, qui commande la date du second passage.

Les insecticides du commerce sont-ils vraiment inefficaces ?

Le problème tient moins au produit qu'à la stratégie. Une étude de terrain publiée dans Scientific Reports en 2019 a comparé trois approches pendant six mois : une seule matière active n'a fonctionné que là où la résistance de départ était faible, la rotation des matières actives n'a rien donné, et un mélange en pulvérisation a fait augmenter les effectifs sur les deux sites, en dispersant les insectes vers des logements indemnes. La survie des souches de terrain sous lambda-cyhalothrine y dépassait 94 %. Ces mesures ont été faites aux États-Unis : elles décrivent des souches locales, pas les populations françaises.

Et les « bombes » insecticides, ça marche ?

Pas d'après la seule étude de terrain publiée sur le sujet. Dans un travail paru dans BMC Public Health en 2019, quatre diffuseurs totaux ont été testés pendant un mois dans des logements réellement infestés, face à un traitement par gel appât : aucun des quatre n'a réduit les populations relevées au piège, alors que le gel les a fait reculer nettement. Les dépôts d'insecticide mesurés sur les surfaces horizontales de cuisine étaient, eux, très supérieurs au niveau initial. L'explication tient à la biologie : l'insecte passe l'essentiel de son temps dans des interstices que le brouillard n'atteint pas. Ces mesures portent sur des produits du marché américain, dont les substances actives peuvent différer de celles vendues en France.

Les blattes sont-elles dangereuses pour la santé ?

Elles ne piquent pas. Le risque documenté est allergénique : les déjections, les mues et les cadavres sont une source importante d'allergènes, identifiée comme un facteur de risque de développement de l'asthme chez l'enfant. S'y ajoute la contamination des denrées et des surfaces, liée au trajet de l'animal entre poubelles, canalisations et réserves. Nous ne reprenons en revanche aucune part de la population française sensibilisée : aucune source nationale identifiable ne l'établit.

Un cafard vu signifie-t-il qu'il y en a beaucoup d'autres ?

Le plus souvent, oui, et la biologie l'explique : l'espèce est nocturne et grégaire, se cache le jour dans les recoins chauds, et en voir un en pleine lumière signale une densité déjà installée. En revanche le rapport chiffré que l'on lit souvent — tant d'individus cachés pour un individu vu — ne vient d'aucun comptage. Nous décrivons le comportement sans mettre de nombre dessus.

Qui doit payer le traitement dans un logement loué ?

En principe le bailleur. Depuis l'article 142 de la loi ELAN de 2018, un logement décent doit être exempt de toute infestation d'espèces nuisibles et parasites. L'exception d'imputation au locataire joue rarement pour les blattes : l'espèce circule par les colonnes techniques et les gaines de l'immeuble, et c'est au bailleur d'établir l'imputation. En copropriété, le traitement des parties communes et des colonnes relève du syndic.

Pour aller plus loin

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