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La résistance des blattes aux insecticides : trois mécanismes, trois conséquences

Résistance métabolique, résistance de cible, aversion au glucose : les mécanismes par lesquels une population de blattes cesse de répondre, et ce qu'ils imposent.

Mis à jour le 15 septembre 2026 · 4 min de lecture

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Dans cet article · 8 sections

À retenir

  • La résistance métabolique : l'insecte dégrade la substance plus vite qu'il ne la subit.
  • La résistance de cible : la molécule ne se fixe plus là où elle devait agir.
  • L'aversion au glucose : un mécanisme comportemental documenté, qui fait refuser l'appât et non le poison.
  • La conséquence commune : une application partielle sélectionne les individus les moins sensibles.

Le mécanisme de fond : la sélection

Avant les trois mécanismes, un principe qui les gouverne tous.

Une population contient toujours une petite proportion d'individus moins sensibles à une substance donnée. Une application correcte — dose suffisante, au bon endroit, atteignant les refuges — ne leur laisse pas d'avantage particulier.

Une application partielle fait exactement l'inverse : elle élimine les individus les plus sensibles et laisse survivre les autres, qui se reproduisent entre eux. Répété deux ou trois fois, ce processus modifie la composition de la population.

C'est pourquoi un local traité plusieurs fois en automédication est plus difficile à assainir qu'un local jamais traité. Le problème n'est pas seulement que les traitements précédents ont échoué : c'est qu'ils ont trié.

Premier mécanisme : la résistance métabolique

L'insecte dispose de systèmes enzymatiques capables de dégrader des substances étrangères. Chez des individus résistants, ces systèmes sont surexprimés ou plus efficaces : la molécule est neutralisée avant d'avoir produit son effet.

Ce mécanisme a une caractéristique désagréable : il n'est pas spécifique d'une seule substance. Un même système de dégradation peut réduire l'efficacité de plusieurs molécules, y compris de familles chimiques différentes. Changer de produit ne suffit donc pas toujours à retrouver l'efficacité perdue.

Deuxième mécanisme : la résistance de cible

Beaucoup d'insecticides agissent sur un site précis du système nerveux. Une modification de ce site le rend moins sensible à la molécule, qui ne s'y fixe plus correctement.

Contrairement au précédent, ce mécanisme est spécifique du mode d'action : il concerne toutes les substances qui visent la même cible, mais épargne celles qui agissent autrement. C'est ce qui fonde la logique de la rotation entre familles de matières actives ayant des modes d'action différents — et non entre marques commerciales, qui peuvent contenir la même chose.

Troisième mécanisme : l'aversion au glucose

Celui-ci est d'une autre nature, et il est particulièrement instructif.

Chez la blatte germanique, une résistance comportementale est documentée : certaines populations ont développé une aversion au glucose. Chez ces individus, le glucose — normalement perçu comme sucré et attractif — déclenche une réponse gustative de type amer, et ils le refusent.

L'observation a été décrite dans la littérature scientifique : c'est une modification des neurones gustatifs qui explique l'émergence de ce comportement adaptatif.

La conséquence est directe pour l'appâtage. Un gel dont l'attractif repose sur le glucose sera refusé par une telle population, quelle que soit l'efficacité de sa matière active. Le produit n'est pas en cause : l'insecte ne le mange pas. C'est la raison pour laquelle les formulations professionnelles varient leurs bases attractives, et pourquoi un échec d'appâtage doit conduire à changer de base autant qu'à changer de molécule.

Ce que cela impose concrètement

Quatre conséquences pratiques, valables pour un particulier comme pour un professionnel.

Ne pas répéter la même substance indéfiniment. Une rotation raisonnée entre matières actives de modes d'action différents évite d'installer une pression de sélection constante sur une seule cible.

Ne pas traiter partiellement. C'est le point le plus important et le plus contre-intuitif : mieux vaut ne rien faire que faire à moitié. Une pulvérisation qui n'atteint pas les refuges, un appâtage insuffisant en nombre de points, un traitement interrompu avant le second passage : tous sélectionnent.

Interpréter correctement un échec. Un appâtage non consommé n'est pas le même problème qu'un appâtage consommé sans effet. Le premier oriente vers l'attractif — aversion, ou concurrence d'une autre source de nourriture disponible. Le second oriente vers la matière active. Ce sont deux corrections opposées, et les distinguer suppose de relever ce qui a été consommé.

Privilégier ce sur quoi la résistance n'a pas prise. La suppression des ressources — l'eau d'abord —, l'obturation des cheminements et la détection par pièges ne dépendent d'aucune matière active. Aucun mécanisme de résistance ne rend une fuite réparée moins efficace. C'est ce qui fonde la lutte intégrée, où le produit vient après et non à la place.

Le cadre, en une phrase

Les produits destinés à la lutte contre les blattes relèvent du type de produit TP18 de la réglementation biocide européenne. Leur emploi professionnel est encadré, avec une obligation de formation et de renouvellement pour les utilisateurs professionnels, et les produits vendus au grand public font l'objet de contrôles.

Ce cadre n'est pas un détail administratif dans le contexte de cette page : la gestion de la résistance est précisément l'une des raisons pour lesquelles l'emploi de ces produits est encadré plutôt que libre.

Sources

  • Recommandations de gestion intégrée en matière de lutte contre les blattes, évaluations de produits biocides — Anses.
  • Aversion au glucose : Wada-Katsumata, Silverman & Schal, « Changes in taste neurons support the emergence of an adaptive behavior in cockroaches », Science 340, 972-975 (2013).
  • Produits biocides, cadre général et types de produits — ministère de la Transition écologique.
  • Contrôle des produits biocides vendus au grand public — DGCCRF.
  • Arrêté du 9 octobre 2013 modifié relatif aux conditions d'exercice de l'activité d'utilisateur professionnel de certains types de produits biocides — Légifrance.
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