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Que mangent réellement les blattes, et pourquoi un logement propre ne suffit pas

Omnivores et opportunistes, les blattes consomment bien plus que des miettes : colle, savon, papier, cheveux. Ce que cela change à la prévention.

Mis à jour le 15 septembre 2026 · 4 min de lecture

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Dans cet article · 7 sections

À retenir

  • Elles sont omnivores et opportunistes : leur régime déborde très largement l'alimentation humaine.
  • Colle de carton, savon, papier, matières grasses, résidus organiques : tout cela suffit.
  • Leurs besoins alimentaires sont faibles ; c'est l'eau qui est la ressource limitante.
  • La prévention efficace porte donc sur l'eau, les abris et les cheminements, pas seulement sur les miettes.

Un régime bien plus large qu'on ne croit

La blatte germanique consomme, dans un logement ordinaire :

Ce à quoi on pense : miettes, résidus alimentaires, graisses de cuisson, sucres, restes dans une poubelle, nourriture pour animaux.

Ce à quoi on ne pense pas : les colles amidonnées des cartons et des reliures, le papier et les encres, les résidus de savon et de produits ménagers, les matières grasses déposées sur les jointures et derrière les appareils, les cheveux et les squames accumulés dans les angles, les résidus organiques dans un siphon, et les débris de leurs propres congénères — mues et cadavres.

Cette dernière caractéristique n'est pas un détail : elle explique pourquoi une population dense peut se maintenir dans un volume fermé sans apport extérieur régulier, et pourquoi l'appâtage en gel fonctionne. L'effet de transfert au sein de la colonie — via les excréments, les mues et les cadavres d'individus ayant consommé l'appât — repose précisément sur ce comportement.

Pourquoi la propreté ne suffit pas

Trois raisons se cumulent.

Les quantités nécessaires sont dérisoires. Un insecte de cette taille se contente de très peu. Un logement irréprochable en fournit encore largement, dans les jointures de plan de travail, sous un appareil, dans un siphon.

Une part de la ressource n'est pas nettoyable. Les résidus gras dans le socle d'un lave-vaisselle, les débris derrière un caisson scellé, la poussière organique d'un coffrage technique sont hors d'atteinte d'un chiffon comme d'une pulvérisation. Ce sont aussi, précisément, les refuges.

La ressource limitante n'est pas la nourriture. C'est l'eau. Une fuite lente sous un évier, une condensation permanente derrière un appareil, un siphon qui suinte maintiennent une population qu'aucun nettoyage de surface ne réduira.

C'est pourquoi une infestation ne dit rien du soin apporté à un logement — et c'est une chose qui mérite d'être dite, parce que la croyance inverse retarde les signalements, en particulier en immeuble où le sujet devient rapidement un sujet de voisinage.

Où porter l'effort à la place

Quatre leviers, par ordre d'effet.

Supprimer l'eau. Réparer un raccord de siphon, un flexible d'appareil, un joint de bac ; isoler une canalisation qui condense ; ventiler ; remettre les siphons en eau, y compris ceux qui ne servent pas. C'est la mesure la plus rentable de toutes, et elle ne coûte souvent presque rien.

Retirer les abris. Le carton ondulé est à la fois un abri à la bonne dimension et un support de ponte : cartons de livraison sortis dès le déballage, cagettes retirées, piles « au cas où » supprimées, empilements écartés des murs, placards désencombrés.

Fermer les cheminements, une fois l'activité réduite : percements autour des canalisations, joints ouverts, plinthes descellées. C'est la seule mesure dont l'effet ne s'épuise pas.

Traiter la ressource nocturne. C'est le complément utile côté nourriture, et il est plus ciblé qu'un nettoyage général : poubelle fermée et sortie le soir, gamelles d'animaux retirées la nuit, denrées pulvérulentes transvasées en contenants hermétiques, plan de travail sec.

Le point qui décide pendant un traitement

Une conséquence directe du régime mérite d'être connue, parce qu'elle explique beaucoup d'échecs d'appâtage.

Un gel appât entre en concurrence avec toute autre source de nourriture disponible. Si une population dispose d'un accès facile à des restes, à une gamelle laissée la nuit ou à une poubelle ouverte, elle n'a aucune raison de préférer les points de gel.

C'est pourquoi la suppression des ressources n'est pas une mesure d'accompagnement pendant un traitement : c'est ce qui rend l'appâtage compétitif. Elle vaut particulièrement pendant les semaines qui suivent la pose.

Une seconde conséquence, moins intuitive : un appâtage non consommé et un appâtage consommé sans effet sont deux problèmes opposés. Le premier oriente vers l'attractif — concurrence d'une autre ressource, ou aversion comportementale documentée chez certaines populations, notamment l'aversion au glucose. Le second oriente vers la matière active. Les distinguer suppose de relever ce qui a été consommé, et c'est l'une des raisons d'être des passages de suivi.

Ce qu'elles ne mangent pas

Deux précisions, parce que des affirmations excessives circulent.

Elles ne s'attaquent pas aux occupants : elles ne piquent pas et ne mordent pas. Le problème qu'elles posent est celui d'un vecteur de souillure — l'insecte circule entre zones souillées et zones alimentaires — et celui des allergènes présents dans leurs déjections, leurs mues et leurs fragments, qui se retrouvent dans les poussières.

Elles ne détruisent pas non plus le bâti à la manière d'autres nuisibles. Les dégâts qu'on leur attribue parfois — câbles, isolants — relèvent des rongeurs, dont les incisives poussent en continu et qui rongent indépendamment de la faim. Confondre les deux conduit à traiter le mauvais problème.

Sources

  • Recommandations de gestion intégrée en matière de lutte contre les blattes — Anses.
  • Aversion au glucose : Wada-Katsumata, Silverman & Schal, « Changes in taste neurons support the emergence of an adaptive behavior in cockroaches », Science 340, 972-975 (2013).
  • Produits biocides, cadre général et types de produits — ministère de la Transition écologique.
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